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Ti Emile

Chanteur, danseur traditionnel (1925-1992)

A propos de Ti Emile

Avec huit frères et sœurs, Emmanuel Casérus, que l'on appelle dès sa naissance à Sainte-Marie en 1925, Ti Emile, a vécu une enfance mouvementée passée dans le quartier Bezaudin.

Source : Manomerci

Emmanuel CASERUS dit Ti Emile ou Ti Milo est né en 1925 à la Martinique dans la commune de Sainte-Marie au quartier Bezaudin. Ouvrier agricole puis à partir de 1970, agent culturel et surveillant du centre culturel J.M. Serreau. Célèbre chanteur de DKB dès l'âge de 12 ans. Il crée le groupe Foulards jaunes puis La fleur créole. Il a contribué à préserver le bèlè dans la région de Sainte-Marie mais aussi largement à le propager dans la capitale Fort-de-France et dans toute la Martinique. Sa voix particulière, son talent de danseur, sa grande connaissance technique et culturelle du bèlè, sa démarche profonde et respectueuse vis-à-vis de la culture afro-martiniquaise, sa mobilisation permanente lorsqu'il s'agissait de bèlè ont joué un grand rôle dans le processus de renouveau du danmyé-kalennda-bèlè dans toutes les classes d’âge. Il décéde le 10 mars 1992 et est enterré dans sa ville natale de Sainte-Marie. A

Avec huit frères et sœurs, Emmanuel Casérus, que l'on appelle dès sa naissance à Sainte-Marie en 1925, Ti Emile, Ti Milo a vécu une enfance mouvementée passée dans le quartier Bezaudin. Dès l'âge de treize ans, il est obligé de quitter l'école et d'aider ses parents à subvenir aux besoins plutôt lourds de cette importante famille. La misère est aux portes de la maisonnée, les vicissitudes nombreuses, les difficultés énormes. Ses parents travaillent dans les champs de cannes de la région, ils s'épuisent en courbant l'échine jusqu'à s'affaiblir. Aîné, Ti Emile devient lui aussi soutien de famille, manœuvre, au prix de un franc cinquante par jour puis rejoint très vite ses parents sous le soleil ardent qui brûle les champs des habitations Limbé, Union de Sainte-Marie, etc. Son corps se développant et l'ardeur du désespoir aidant, il arrive à couper jusqu'à cinq mille tiges par jour. Le géreur de l'une de ces habitations le remarque, Ti Emile est doté d'une personnalité forte qui ne passe pas inaperçue. Il devient ainsi muletier, à l'usine, puis cabrouetier. Il n'a encore que douze ans lorsqu'il commence à s'intéresser à la musique et aux danses traditionnelles que dominent à cette époque d'avant guerre les grands tambouyés et chanteurs que sont Genius Boniface dit Galfétè, Fernand Maholany dit Féfé, ou Stéphane Blanchard. Sa mère madame Saint-Ange est elle-même une dame «bèlè», une danseuse émérite attitrée d'une case bel-air, dansant au rythme du calendrier établi pour tous les lieux de divertissement de la région. Tous les amoureux du folklore s e retrouvaient dans ces «kaille bèlè» où la fête était vraiment une fête, animée par des tambouyé, chanteurs et danseurs toute la nuit jusqu’au petit jour. Le jeune Ti Emile se faufile entre les jambes des adultes, écoute ces airs qu'il fredonne ensuite pendant son travail. En 1937, il participe à une prestation donnée par le groupe de Bezaudin à Saint-Pierre, sur la place du marché. Il lui faut marcher, et marcher encore, le long de la route de
la Trace mais la fatigue n'est rien face à la joie de chanter en public, devant des gens de la ville. L'organisateur, monsieur Octavius ne peut que se féliciter: le public a envahi la place, les applaudissements n'en finissent plus et Ti Emile, qui interprète «Abraham soulagé mwen», est littéralement ovationné. Il vient d'être consacré chanteur de bel-air.
Les événements vont s'enchaîner rapidement: Ti Emile construit sa case de bel-air avec quelques amis et sa première soirée a un tel retentissement dans toute la région que la case se révèle nettement trop petite. Il a du l'agrandir par la suite. Dans la foulée il crée son groupe, Les Foulards jaunes, composé en partie de parents et d'anciens amis de son quartier de Bezaudin. Ti Emile reçoit des encouragements de toutes parts : Stéphane Blanchard, comptant incontestablement parmi les meilleurs auteurs-compositeurs de bel-air, Génius Boniface, Fernand Maholany dit Coco Ali, passés maîtres du tambour, reconnaissent en lui un digne représentant de la tradition orale martiniquaise, digne d'entrer dans la famille du bel-air. Chaque samedi, Ti Emile donne une prestation dans un lieu différent, passant de case bel-air en case bel-air. En 1967, il est avisé par télégramme que on groupe et lui-même ont été retenus pour assurer les festivités de la fête patronale du Gros-Morne: de morne en morne le bruit court : «Ti Emile joué la fèt Gwo Mone». Aristide Maugée, maire de la commune invite son homologue de Fort-de-France, Aimé Césaire, ainsi que de nombreuses personnalités, toute une assemblée venant des villes et peu habituée à la musique des campagnes. La soirée sera mémorable, de vingt heures à quatre heures, le public est en effervescence. Lors de cette fête, Ti Emile fait la connaissance d'une grande dame de la culture martiniquaise: Anca Bertrand qui devient, par la suite l'imprésario du groupe. Entre eux s'établit une solide amitié bâtie sur une admiration mutuelle. C'est avec consternation que Ti Emile apprendra plus tard sa maladie et il partagera son désespoir, avec tous les artistes des mornes, à l'annonce de la mort de celle qui aura tout fait pour défendre et promouvoir les traditions locales. Le maire du Lamentin, Gratien, a lui aussi été convaincu par le talent de Ti Emile. L'année suivante il fait appel à lui et à son groupe pour animer la fête de Justice. Le groupe se produit sur le podium occupé, à cette période, par la troupe théâtrale de Jean-Marie Serreau qui, subjugué par l'authenticité de la prestation, participe dès le lendemain, en sa compagnie, à un «bal grand moune» au quartier Dominant de Marigot. Un mois plus tard, Ti Emile et les Foulards jaune participent au premier festival de Fort-de-France. C'est la première fois qu'un groupe des mornes se produit ainsi dans la cité foyalaise. Bloqués par une forte pluie, la voiture en panne, ils n'arrivent que fort en retard à leur rendez-vous. Le public impatient, maintenu en haleine, leur fait une véritable ovation et enfin, profitant d'une accalmie. Ti Emile et son groupe peuvent enfin se produire une petite demi-heure, suffisamment pour déchaîner la foule qui leur lance monnaie et billets de banques. Remarqué par Renaud De Grandmaison, Ti Emile, engagé par Aimé Césaire qui l'accueille à bras ouverts, devient agent culturel e surveillant du pitt de Dillon. En 1970, ce pitt devient Centre culturel Jean-Marie Serreau, en hommage à ce comédien décédé. Certes son passé très proche pèse sur lui (il quitte les champs de canne le jour précédant son embauche à Fort-de-France) et est handicapé par la perte de trois doigts survenue à la suite d’un accident lors d'une manœuvre malheureuse avec un palan qui transportait les ballots de canne par lequel il s'est trouvé accroché par la main à dix mètres du sol. Il n'avait que vingt-six ans, et la cicatrisation encore fraîche, il reprenait son travail comme avant. A peine est-il installé au pitt, que Renaud De Grandmaison lui envoie soixante six élèves de l'école de l'AMEP pour être formés aux danses traditionnelles, dont Philibert Richard qui le remplace aujourd'hui au Centre "culturel Jean-Marie Serreau. Ti Emile a déjà eu l'expérience de l'enseignement de la danse quelque temps auparavant. Lors d'un carnaval, il se produisait avec son groupe à
la Paillote, tenu par le saxophoniste Francisco et animé par le père Saint-Hilaire, au pied du fort Saint-Louis. Un autre dancing lui faisait concurrence, celui de la Pointe Simon appartenant à l'hôtelier Gaston et animé par Sam Castendet. Le bruit se propagea rapidement dans la ville qu'un chanteur traditionnel se produisait ce soir-là à la Paillote. Bientôt les clients de la Pointe Simon affluèrent en masse, suivis de Sam Castendet. Ce fut une soirée mémorable à laquelle assistaient quelques membres du Groupe folklorique martiniquais. L'un d'eux, dit Coquille, proposa à Ti Emile de faire partie de leur formation. Ti Emile demanda un temps de réflexion et ce ne fut que quelques jours plus tard que, reconnu par son grand bakoua dans une rue de Fort-de-France, qu’il fut de nouveau sollicité, cette fois par Loulou Boislaville. L'affaire sera vite conclue et il enseignera plusieurs samedis de suite, les danses traditionnelles au Groupe folklorique, à Sainte-Marie, ce qui donnera l'occasion, pour la plupart des danseurs, de découvrir, parfois avec une certaine stupeur, la vie de la campagne. Les musiques et les chansons de Ti Emile sont autant de pages d'une Martinique qui se perd dans le passé. Ancrées dans son quotidien, elles sont le reflet de la dure réalité et des moments agréables vécus par les gens des campagnes. La coupe du bois qu'il effectuait en coup de main à Absalon se faisait en chantant pour rythmer les efforts des huit hommes qui, tels une charrue, tiraient les troncs d'un seul élan. C'était à l'époque de l'amiral Robert et le bois devait servir à la construction du bassin de radoub de Fort-de-France. C'est là qu'il fit la connaissance de Ossyo, un Guadeloupéen à la force herculéenne et à la splendide voix qu'il immortalisera en chantant «Ossyo allè ! / Ba mwen : Dé Kout palan !». C'est Ossyo qui composa cette chanson si connue «Marie Rosé ! Levé chimise !». Devenu pilier de la vie culturelle de son quartier de Bezaudin, son départ causa un vide énorme que les années n'ont fait qu'approfondir. Mais pouvait-il laisser passer l'opportunité de travailler à Fort-de-France, qui plus est reconnu pour ses capacités d'animateur, de danseur et de chanteur ? Au terme de sa vie, Ti Emile est un peu amer. Il estime avec raison avoir beaucoup fait pour la Martinique pour la sauvegarde d'un patrimoine fragile face à une société qu'il estime décadente. Il fut traité de Vieux Nègre mais il est fier d'être ce Nègre des mornes qui a su survivre à la misère et aux souffrances de sa jeunesse difficile. Sa santé a souffert des privations d'antan mais aussi de toute cette énergie dépensée sans compter au profit de la chanson et de la danse. Un médecin le suit de près, lui conseille même d'abandonner la musique, mais ce serait abandonner sa vie. Alors il continue avec moins d'énergie qu'avant mais avec tout autant de fougue. Il a déjà réalisé six disques dont deux avec Anca Bertrand, un avec le père Elie, et un avec le producteur Claude Genteuil en 1971. En 1989 il prend sa retraite. Mais de ses sept enfants aucun ne semble réellement intéressé par la tradition musicale de son pays.

En 1991, il participe au disque de Ronald Rubinel «Ethnicolor» et veut en enregistrer encore un autre. Il aura juste le temps de réaliser une bande sonore par le biais du corps musical car le 10 mars 1992 il décède après une longue maladie.

Source : Philippe Pilotin

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